Soleil cou coupé – critique de roman

soleil_cou_coupeÉcrire sur l’adolescence, moment charnière de l’existence s’il en est, n’est pas un exercice facile. La première question à se poser est sans doute : « comment ? » Faut-il recourir au narrateur extérieur, qui permet un détachement tant sur le fond que sur la forme ? Ou peut-on se risquer à la première personne, au « je » toujours mouvant, incertain, indéfinissable et indomptable de la puberté au risque de mal saisir son caractère, qui se cherche lui-même ? Bénédicte Heim, dans son premier roman (Soleil cou coupé, première édition Baleine/Seuil, 2001), réussit un tour de force : rédiger ce qui ressemble au journal intime d’une adolescente, sans fard mais sans niaiserie. Le talent de l’écrivain rejoint la spontanéité de l’adolescence tout au long du récit, et pourtant Bénédicte Heim s’est imposé des contraintes très difficiles.

Car non seulement ce roman parle d’adolescence à la première personne, ce qui implique la préhension d’un style littéraire particulier, mais en plus de la découverte de l’amour et de l’homosexualité. À 14 ans, la jeune héroïne tombe amoureuse de son ancienne prof d’anglais, une femme de 32 ans. Un amour qui ne sera pas prétexte à un manifeste contre l’homophobie mais plutôt pour l’amour, quitte à ce qu’il soit passionné, passionnel et auto-destructeur. L’amour vaut bien cela, surtout quand il nous tombe dessus alors qu’on en ignorait tout.

Soleil cou coupé est un roman que j’ai découvert par hasard, comme une rencontre amoureuse. On ne s’y attend pas et on le subit avec passion quel qu’en soit le prix. L’amour qui y est décrit est si puissant, touchant, émouvant, qu’il serait vain – en plus d’être inutile : les mots de Bénédicte Heim se suffisent à eux-mêmes – que je tente de les exprimer à mon tour. Que je me contente de dire que l’auteur a saisi toutes les subtilités de la passion, de la sensibilité et de l’amour, exacerbés à quatorze ans et sans pour autant jamais tomber dans aucune facilité.

HC
Cette critique a déjà été publiée.

Soleil cou coupé, roman de Bénédicte Heim, Les Contrebandiers éditeurs, 240 pages.
Du même auteur : Tu ne mourras pas, Le livre d’Ysé, Nues

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