BRÈVE Cinéma – La Bombe et nous : la scission atomique


Des livres sur le sujet, des films sur le sujet, des pièces de théâtre sur le sujet, des conversations sur le sujets, des larmes sur le sujet, j’en ai lus, j’en ai vus, j’en ai eues, j’en ai versées – « mais que peut faire d’autre un touriste que, justement, pleurer ? »

Je peux donc le dire : un documentaire essentiel vient de sortir au cinéma. Réalisé par Xavier-Marie Bonnot, produit et distribué par Direction Humaine des Ressources (DHR), il est intitulé La Bombe et nous. L’affiche est humble, se contenant de mentionner : « L’Arme atomique aujourd’hui ».

Ce film va beaucoup plus loin. En soixante-dix minutes, ce documentaire est peut-être le plus complet sur ce sujet. Qu’il prenne parti, oui – mais comment faire autrement ? Cependant il n’est pas militant et donne la parole aux pro comme aux anti. Qu’à ce titre il puisse paraître polarisé, certes – mais cela permet de mieux comprendre les deux positions. Que les voix soient majoritairement occidentales, certes à nouveau – mais ne sont-ce pas les nôtres ? Qu’il soit complet, c’est indéniable.

Et précieux : le public familier de cette question s’agacera peut-être une fois ou deux (pas plus !) mais en sortira mieux informé, et le public moins averti a tout à y apprendre. Toutes les questions sont soulevées dans cette œuvre qui offre un retour sur soixante-dix ans, seulement soixante-dix années mais qui ont changé et changent de notre quotidien aux relations diplomatiques, transnationales et interétatiques.

J’ignorais que des banques et fonds de pension, au premier rang desquels BNP Paribas, finançaient le nucléaire militaire. Et comment supporter l’idée que des intérêts financiers privés y soient mêlés ? Et comment supporter l’idée que nous financions, sans le savoir et peut-être sans le vouloir, la plus monstrueuse arme que l’homme ait créée ?

J’ignorais cela. Mais les spécialistes eux-mêmes ignorent le nombre de morts dus aux essais atomiques : ils ne sont que des dommages collatéraux, tant pis si ce collatéral est de plus en plus vaste (ainsi de tirs lancés en plein milieu du Sahara dont des traces ont été retrouvées jusqu’en Italie et en Espagne). Qui savait qu’en 2013, 153 (sic.) incidents avaient été répertoriés dans le monde (vols, pertes, crashes d’avion, têtes rouillant dans les océans etc.) ?

Que l’on se rassure : des arguments (historiques) en faveur de la bombe soit eux aussi exprimés et précieux. Les autres arguments, on ne les connaît que trop. Il y en a un autre (tant d’autres, mais pour les connaître rendez vous dans les salles obscures), argument de salaud, que je n’avais pas entendu jusque-là.

J’éprouvais une certaine sympathie, quoique distante, pour Hubert Védrine. Au début du film, il formule une métaphore plus qu’hasardeuse (immonde) : on n’est pas chez les Bisounours, dit-il, mais dans Jurassic Park.

Pardon, j’avais mal compris. La bombe atomique n’a pas tué des centaines de milliers de personnes et ne menace pas la planète entière (que l’on pèse bien ces trois derniers mots) : elle n’est qu’un instrument dans une fiction-blockbuster étasunienne.


Hubert Camus
novembre 2017


Retrouvez sur Allociné les salles projetant La Bombe et nous : http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=258907.html

Consultez le site dédié au film : http://la-bombe-et-nous.com/

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