Scarron fratricide | 1ère partie

Scarron fratricide

Édition de référence : Scarron, Le Roman comique, édition de Jean Serroy, Paris, Gallimard, 2018 [1985, 1651 et 1657], 409 pages.

On se souvient que Scarron, né en 1610, est le septième de huit enfants et que de cette généreuse fratrie, seuls trois survécurent : Anne, Françoise et Paul. Orphelin de mère à l’âge de trois ans, il souffrira les brusqueries de sa belle-mère qui préférait ses propres enfants. On se souvient tout autant que dans son œuvre demeurée la plus célèbre, le statut de frère y est précaire : les uns après les autres, ils subissent une hécatombe qui semble n’épargner personne. Sans oublier la forte mortalité infantile de l’époque, il est significatif de constater combien de frères sont présentés dans Le Roman comique (1651 pour la première partie, 1657 pour la deuxième, la troisième ayant disparu avec la mort de l’auteur) pour que le narrateur les mette à mort quelques Lire la suite

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Scarron fratricide | 2e partie

Accéder à la première partie de l’article

Les frères dans les nouvelles espagnoles

Scarron a intercalé dans son roman plusieurs nouvelles qu’en bon hispanophile, il a tiré de la littérature ibérique. Deux nous intéressent dans leur rapport au frère : Le juge de sa propre cause (seconde partie, chapitre 14, pages 258 à 289) et bien sûr Les deux frères jumeaux (seconde partie, chapitre 19, pages 309 à 333), tirées respectivement de Maria de Zayas (1634) et Castillo Solorzano (1640). Dans la première nouvelle nous suivons l’histoire de Sophie, Espagnole enlevée par un Maure. Elle commence son récit au procès de son ravisseur par ces mots : « J’eus un frère plus jeune que moi d’une année ; il était aimable autant qu’on le pouvait être ; il m’aima autant que je l’aimai » (262). L’amour, au vrai, Lire la suite

Écologie : de la responsabilisation à la culpabilisation du citoyen

Il y a quelques années, il n’y a encore pas si longtemps, les citoyens étaient responsabilisés dans leur rapport à l’écologie. On nous apprenait les bons gestes, les petits gestes : en quittant une pièce, on éteint la lumière. On évite de laisser la télévision en veille : « Ça tue les ours », disait-on alors. En se brossant les dents on ne laisse pas couler l’eau, cet « or du XXIe siècle »…
Cela n’a duré qu’un temps, c’est-à-dire que cela n’a pas duré. Le vrai problème vient des industries, qui polluent massivement et consomment tout autant. Ce n’est pas en débranchant le téléphone une fois chargé qu’on sauvera la planète. Ces « petits gestes » partent peut-être d’une bonne intention mais enfin, ils ne servent pour ainsi dire à rien. Alors on les a progressivement abandonnés. On peut continuer de les appliquer par habitude, mais le discours public ne les promeut guère plus.
Aujourd’hui, ce discours ne vise plus à responsabiliser le citoyen : il est culpabilisé.  Le « petit geste » n’est plus celui qui contribue à faire le bien : il fait du mal. On ne nous engage plus à éteindre ou à couper ; on nous ordonne de ne pas jeter notre mégot ou du plastique n’importe où, qui contribuent à la pollution planétaire.
Une chose n’a pas changé dans ce discours écologique : chaque geste compte.

Ellis Island européen

On les a laissés mourir par milliers dans la mer. La mer qui charriait leurs corps, en avalait d’autres. On le savait. On s’émouvait, à l’occasion, d’un Aylan. Un peu à cause de l’horreur de telles images. Un peu pour se donner bonne conscience. Parce qu’on sait que ces images existent, qu’elles sont continuellement réalisées – mais pas toujours fixées par un appareil photo. Passé le choc, on les laisse mourir sans plus y penser.

Les choses ont changé. Depuis quelques semaines, des navires humanitaires croisent dans la Méditerranée. On pourrait s’en réjouir : ils sont infiniment moins dangereux que les coques de noix surchargées. Et si c’était pire ?

Que sont ces bateaux ? Un intermédiaire de plus avant l’Europe désirée. En échange de la sécurité, qu’offre-t-on aux migrants1 ? Davantage d’attente. Ces bateaux sont les représentants d’un Ellis Island européen. Comme à la porte de New York on les contrôle, on les trie avant de les accepter – ou non – sur le continent. Cet Ellis Island, notre Ellis Island est pire encore : c’est une île mobile. On les laisse dériver avant de discuter du port qui les accueillera, des pays qui les accepteront.

I would prefer not to

1J’insiste sur le terme migrants. Sur le bateau ils ne sont ni immigrants ni émigrés : ils sont en train de migrer.

Revoir Virginie

J’ai revu Virginie.

Virginie, ou plutôt : la Mort de Virginie, tableau de James Bertrand. J’avais rencontré son visage en septembre ou octobre. Lorsque je suis retourné le voir, il s’était dérobé. J’ai parlé de cette torpeur dans un article que La Nouvelle République a bien voulu publier :

https://www.lanouvellerepublique.fr/a-la-une/le-visage-de-virginie

Et puis je l’ai revue, grâce aux bons soins de toute l’équipe du musée-hôtel Bertrand de Châteauroux. J’en rends compte dans un autre petit article, que le musée me fait l’honneur de publier :

BRÈVE Cinéma | Le 15h17 pour Paris


J’ai trouvé dans Le 15h17 pour Paris ce que j’y cherchais, ce que j’en attendais. Nous n’étions pas d’accord avec C… : elle ne voulait pas voir la version Hollywood de cet événement, je voulais voir ce que l’industrie étasunienne en avait fait. J’y ai trouvé ce que j’en attendais.

Dès la bande-annonce j’ai craint l’héroïsation du soldat. Il l’est. Il n’y a pas que cela : il est aussi question dans le nouveau film de Clint Eastwood de voyage et d’amitié. Et avant d’être héroïsé comme soldat, on suit la volonté de servir d’un homme. Le scénario est hollywoodien en cela ; la réalisation est hollywoodienne dans les (rares) passages dans le train.
On pourra regretter l’insistance sur le fait que cet homme voulait sauver des vies. On pourra regretter que le soldat en tant que soldat apparaisse trop comme héros. Mais on ne peut pas le reprocher à un film hollywoodien : on s’y attend. À ce titre, et selon ses critères, le film est réussi.

La Dame de Rangoon et l’homme fort de Phnom Penh

La Dame de Rangoon et l’homme fort de Phnom Penh Longue vue vers l’Asie du Sud-Est Les media ont beaucoup parlé, entre la mi-septembre et début octobre 2017, d’une région généralement oubliée : l’Asie du Sud-Est, en particulier du Cambodge et … Lire la suite

BREVE cinéma | Le Jeune Karl Marx : la rencontre Marx-Engels

Marx-Engels : la rencontre


Cela ne dure que quelques secondes. C’est dans Le Jeune Karl Marx, de Raoul Peck. Ces quelques secondes sont cruciales ; pour le film (mais on n’attend guère de suspense d’un biopic), pour ce qu’elles « lancent », mais plus encore pour ce qu’elles montrent à penser.

Nous sommes au début du film. Karl Marx (August Diehl) est arrivé depuis peu à Paris, Friedrich Engels (Stefan Konarske) a momentanément quitté Leeds. Les deux jeunes hommes se sont déjà croisés, mais surtout lus.

Ce qui les lie, c’est une animosité réciproque. Un homme aussi les lie : Ruge, éditeur et mauvais payeur. Ruge, qui s’absente quelques instants et les laisse seuls dans son salon parisien. Le spectateur attend le pire de cette confrontation Lire la suite

Retrouvez-moi dans Moto Journal

Sous le titre « L’Hubertéchérie de la quinzaine » (le magazine est bimensuel), vous trouverez dans le numéro 2206 (daté du 26 avril 2017) de Moto Journal mon premier article écrit dans la veine motarde. J’y présente ma position sur le permis gros cube, râle (un peu), m’enthousiasme (un peu plus), fais de la publicité gratuite et ce n’est que ma première contribution : d’autres sont prêtes à rejoindre celle-là dans les prochains numéros !