Portrait #18 – Le portrait impossible

Des milliers de portraits. C’est ce qu’il faudrait faire. Des milliers – et ce serait encore terriblement insuffisant.

Des milliers de portraits pour commencer la galerie des portraits du Cambodge, pour tenter de rendre compte d’une parcelle minuscule de ce qu’on y voit. Parce que Phnom Penh est d’une richesse et d’une générosité rares. Ou alors parce qu’il est plus facile d’ouvrir les yeux lorsqu’on n’est pas chez soi.

Il faudrait faire le portrait de chaque visage, de chaque personne, de chaque propos, de chaque feuille de palmier. Évidemment c’est impossible mais comment ne pas tenter, ici et ailleurs, de commencer l’ouvrage ?

Il est un autre portrait impossible à brosser : Lire la suite

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Portrait #17 – Dessine-moi une voyageuse

Je suis terriblement injuste. Ce dix-septième portrait, ç’aurait dû être le premier. J’étais à Bangkok pour deux ou trois jours, avant d’arriver à Phnom Penh. J’ai des mois de retard.

À l’heure du déjeuner, je suis allé – on n’est jamais trop original, quand on est un touriste – sur Khao San Road prendre un pad thaï. Je me suis installé. Une femme, peut-être quarantenaire (je ne sais plus ; de toute façon cela n’a pas d’importance), m’a rejoint sur cette petite table.

Je ne me rappelle pas bien des mots qui nous ont permis d’engager la conversation, mais elle avait un guide de voyage indiquant : « Thaïlande ». Avec un e, et un tréma. C’était donc une Française ; formidable ! ce sera plus facile. Finalement, il s’est avéré qu’elle avait un accent : elle était Québécoise. Je passe nos échanges d’expérience sur la Thaïlande, le Laos et le Cambodge : ce n’est pas ce dont je souhaite traiter ici. Lire la suite

Portrait #15 – La rencontre fabuleuse

Que celui qui n’a jamais eu d’élèves se détourne de ce portrait. Que celui qui ne les a pas aimés s’empresse de quitter cette page.

J’allais, cheminant tranquillement, dîner. J’avais à peine quitté mon hôtel (rue 172) et tourné à la première intersection (rue 19) lorsque j’ai entendu qu’on m’appelait : « Hubert ». Ce n’était dit ni sur un ton interrogatif ni exclamatif, qui auraient marqué la surprise, mais je ne connais personne ici susceptible de m’interpeller. Cette apostrophe était trop incroyable pour ne pas me retourner.

Surgit de la terrasse d’un bar un jeune homme au visage franc. Je doute un instant (je pensais, quitte à rencontrer quelqu’un, qu’il s’agirait d’une personne de l’Institut Français ou avec laquelle j’aurais discuté récemment). Lire la suite

Portrait #14 – Bernard et Philippe

Aujourd’hui, j’ai discuté avec deux personnes. La cinquantaine, peut-être un peu plus. D’abord il y eut Bernard, à l’heure du café (du moins pour moi : lui était déjà à la bière), en début d’après-midi. Bernard avait des yeux bleus magnifiques. Son visage commençait de témoigner des années, mais on pouvait y deviner qu’il a dû être très bel homme.

Nous discutons – en anglais – de tout : de la circulation à Phnom Penh, du bouddhisme et de l’ouverture des Cambodgiens, qui savent encore communiquer malgré leurs téléphones. Nous parlons de politique internationale, de l’U Lire la suite

Portrait #13 – « On se tutoie ? Ce sera plus facile »

J’évolue dans des milieux dans lesquels le tutoiement s’impose assez vite : j’ai travaillé en tant que surveillant, et le vouvoiement est rare en salle des professeurs. Malgré tout, je m’obstinais dans ma bonne éducation : tant qu’on ne me proposait pas le tu, j’en restais au vous. Dans les milieux artistiques également, le voussoiement n’est pas destiné à durer.

À l’Institut Français où je passe beaucoup de temps, de même : en tant qu Lire la suite

Portrait #12 – Les Allemands à l’étranger

Je n’ai pas fait qu’observer, pendant le concert qui m’a inspiré mon onzième portrait : j’ai aussi écouté. À côté de moi, deux couples d’environ vingt-cinq ans et une jeune femme du même âge discutaient. Un des jeunes hommes avait un accent. « Je peux dire que je suis alsacien, fit-il remarquer, personne ne connaît cet accent. » Il vient d’un peu plus à l’est : d’Allemagne.

À part son accent, d’ailleurs léger, son français est parfait. Une des jeunes femmes s’étonne : Lire la suite

Portrait #11 – Il est venu pour danser

Il est venu pour danser. On ne peut pas le lui reprocher : après tout, c’est à un concert que je l’ai vu. C’est un occidental, trentenaire. Il porte une casquette, des lunettes et un maillot rouge – peut-être de football. Le concert, comme il se doit, a commencé en retard. Pour tuer le temps certains mangent, d’autres boivent un verre et d’autres encore allument une cigarette.

Au premier morceau, des groupes se sont formés. Il y avait ceux qui comptaient entendre la musique en restant attablés, ceux qui voulaient en profiter pour discuter entre amis ou auprès d’une nouvelle rencontre et enfin ceux venus pour danser, s’amassant devant la scène. Je regrette Lire la suite

Portrait #10 – Un stylo pour un enfant

Ce soir, je suis passé au bar pour écrire et lire. Je dois dire y venir de temps en temps. C’est pour cela que j’ai été surpris de voir cet enfant : habituellement ils se montrent particulièrement téméraires et si on ne veut pas de leurs bracelets (ce qu’ils vendent le plus souvent) ils savent nous faire des caresses ou proposer des jeux pour ne pas revenir bredouilles, à l’instar du pierre-feuille-ciseau dans sa version jeu d’argent. Avec moi qui suis seul (ou peut-être discernent-ils dans mon regard que je suis un ours), ils n’insistent pas.

Ce soir c’est un enfant que je ne connaissais pas qui s’est présenté. Plus original encore : il vendait des roses à l’aspect flétri. Impossible de ne pas penser aux Pakistanais qui nous en harcèlent dans nos bars parisiens. Lire la suite

Portrait #9 – Les jeunes femmes qui faisaient des bulles de savon

Me revoilà sur la place du Palais royal de Phnom Penh. J’ai hésité entre venir y lire ou écrire. Dans les deux cas j’allais profiter du soleil et dans les deux cas il y avait de fortes chances que je lève le nez pour regarder ce qui m’entoure. Nous sommes samedi, l’après-midi s’écoule tranquillement et l’herbe est de plus en plus conquise pas les Phnompenhois. Il est seize heures, peut-être seize heures trente (je n’ai pas l’heure sur moi), ils sont nombreux à manger. Les enfants courent.

Autour de nous, sur le trottoir et sur la route, des femmes vendent tout ce qu’on peut vouloir grignoter : œufs couvés, brochettes, sandwiches, nems… D’autres mettent dans les mains des plus petits des sachets de graines à lancer aux pigeons. D’autres encore vendent des jouets. De temps en temps un enfant passe pour proposer du pop-corn, de la barbe-à-papa ou des ballons gonflés à l’hélium. Lire la suite

Portrait #8 – Portrait complémentaire aux jeunes femmes

Plusieurs jours, et même des semaines, ont déjà passé depuis ces quatre jeunes femmes au portable. Cette fois je suis assis sur la place du Palais royal de Phnom Penh, rêvassant, avec un livre à ma gauche et un carnet à ma droite. Je suis resté enfermé toute la journée à travailler : je profite de l’air, du vent léger qui vient caresser nos peaux en cette fin d’après-midi. Je profite, surtout, du spectacle permanent de la ville.

Je repense à Lire la suite